Livres lus


Faisant le tour des bocaux où nageaient des hippocampes à queue frisée, tapotant sur un récipient où coassaient des crapauds goitreux, le docteur Porc ne put s’empêcher de rajouter quelques commentaires désobligeants.

- A votre place, je changerais le nom de la boutique. Les mille herbes de la montagne sacrée ne convient plus tout à fait. Je verrais bien quelque chose dans le genre Ménagerie pour affections innommables ou Bestiaux informes pour maladies honteuses.

Le dos voûté - car le docteur Porc était un client de choix - l’apothicaire risqua une faible objection…

Au début du XVIIe siècle, le Vietnam accueille des marchands portugais, des missionnaires jésuites, et aussi des navires fantômes.

Dans la baie d’Ha Long, les cadavres des pirates s’en prennent aux vivants. On pille et profane des cimetières, aussi. Le mandarin Tân, assisté du lettré Dinh, devra éclaircir cette ténébreuse histoire. Il pourra compter sur l’aide de Hsiu-Tung, jésuite français intégré, comme son nouveau nom l’indique. Tellement intégré qu’il doute, ce qui ne l’empêchera pas de se jeter à corps perdu dans une enquête dangereuse.

Nos héros croiseront la route du docteur Porc, le médecin légiste local, d’un noble eunuque marié, de Madame veuve Aconit, femme de tête et de fouet, et de bien d’autres encore…Et quelle est cette mystérieuse poudre noire ?

Nous sommes loin de l’exotisme de commande, des enquêtes banales plaquées sur un décor artificiel. C’est un Extrême-orient truculent et bouillonnant qui déferle sur le lecteur tel un esprit des eaux. Personnages attachants, suspense et poésie : une rare réussite.

Chez Picquier.

Romain Slocombe, avec qui votre serviteur a pu échanger quelques mots lors d’un prix phocéen, est visiblement un monsieur charmant, civilisé. Cela ne l’empêche pas de nous plonger dans les puits les plus noirs.

Nous sommes au Japon. Gilbert Woodbrooke, photographe fétichiste passablement déchiré, arrive à Tokyo. Projet professionnel : rencontrer un réalisateur de porno mettant en scène des lycéennes. Du classique, en fait. Il y aussi Julius, galeriste, catastrophe ambulante et “ami” de Gilbert. Et puis il y a le passé, que le photographe découvrira peu à peu, au gré du hasard et des faits divers. Un passé extrêmement pesant. Celui de l’Unité 731 de Mandchourie qui, pendant la guerre, se livra à des actes médicaux abominables sur des milliers de prisonniers chinois. Le roman est entrelacé d’interrogatoires d’anciens soldats, criminels de guerre plus ou moins repentis, qui évoquent la réalité de ces camps, et la personnalité de leur chef, le médecin militaire Ishii.

La ringardise et les préoccupations médiocres de Gilbert offrent un contrepoint tantôt amusant tantôt inquiétant à l’horreur du passé évoqué. Perversion de la science et corruption de l’Etat forment une chape de plomb sous laquelle Gilbert, et le lecteur, étouffent à petit feu. Un grand livre effrayant, sur fond de renaissance du nationalisme japonais.

Le médecin général Ishii a ouvert la séance d’accueil des nouveaux arrivants, au coeur de la nuit, suivant son habitude. Ishii travaillait la nuit et allait se coucher à l’aube dans les bordels de Harbin…Il s’est avancé, en grand uniforme, et a déclaré… je me rappelle encore chacun de ses mots : “Notre mission sacrée de médecins est de lutter contre toutes les variétés de micro-organismes qui causent des maladies. De leur interdire toutes les voies d’invasion du corps humain. D’annihiler tous les éléments étrangers qui se logent dans notre corps. Et de mettre au point les traitements les plus efficaces possibles. Or les recherches que vous allez entreprendre ici sont en opposition complète avec ces principes et peuvent provoquer chez vous une angoisse, du seul fait que vous êtes médecins. Néanmoins, je vous conjure de poursuivre ces recherches, qui sont inspirées par un double objectif médical : premièrement en tant qu’hommes de science il faut nous efforcer d’expérimenter sur la réalité des sciences naturelles, et rechercher et découvrir ce qui nous est encore inconnu ; deuxièmement, en tant que militaires, il faut que nous réussissions à mettre au point des armes puissantes contre l’ennemi.” … Ce genre de discours, je ne veux plus l’entendre, vous comprenez…

Il se redressa soudain et me regarda de façon presque directe, sa pipe agressivement fichée entre ses mâchoires serrées. Il remplissait le monde de fumée. J’étais mal à l’aise, mais n’avais pas vraiment peur de lui. Si j’avais eu ma pelle, il n’aurait pas duré longtemps. Je me dis que la meilleure chose à faire était de me plier à ses caprices et d’être d’accord avec tout ce qu’il disait.

Bienvenue dans une Irlande déroutante, où l’on vole les bicyclettes, qui se vengent en imprimant leur personnalité à leurs utilisateurs. D’ailleurs, un détachement spécial de policiers s’occupe exclusivement de ces vols, négligeant les crimes du narrateur, qui, après avoir procédé à plusieurs assassinats à coups de pelle, se fera lui-même voler son vélo. Le malheureux affrontera policemen fétichistes, voleurs philosophes et autres théoriciens de l’absurde, avec le même désir d’aller au fond des choses, et de voyager aux confins des mondes connus… pour récupérer sa bicyclette. Un disciple d’Ulysse ?

Dans ces pages d’une tranquillité délirante, Flann O’Brien devient le frère en noir de Jarry et d’Alphonse Allais. La campagne irlandaise, c’est-à-dire le monde, ne sera plus jamais la même.

Chez Phébus, traduit par Patrick Reumaux.


Pour la rentrée, retour rétro : René Réouven.

René Réouven est injustement oublié ; en tous cas, il n’est pas aussi fêté qu’il devrait l’être. Auteur notamment d’un whodunit parodique et acide sur les moeurs académiques et littéraires, dont votre serviteur, honte à lui, a oublié le titre mais pas la chute, René Réouven s’illustre ici dans une évocation à la fois joyeuse et sinistre du Londres victorien, où il jongle en virtuose avec des personnages aussi délicats qu’Oscar Wilde (encore lui) et le Dr Jekyll avec son double en embuscade. L’intrigue, assez serrée, permet de naviguer entre les clichés d’époque sans jamais se fracasser dessus…

Un savant invente une machine à pénétrer dans l’esprit. C’est l’époque du scientisme d’H.G. Wells, les machines étonnantes ne font peur à personne. C’est en effet la personne qui est dangereuse… bien plus que la machine.

“…sous la surface lumineuse qui s’offre à l’observation intérieure, s’étend une région obscure, inexplorée, peuplée de phénomènes subconscients dont nous ne percevons que les effets atténués et modifiés…”

Une image s’est subitement imposée à moi, image absurde, mais qui puisait sa force dans son absurdité même : j’ai pensé à ces poissons des grandes profondeurs, dont la cohésion organique n’est maintenue que par l’énorme pression de l’eau, et qui éclatent lorsqu’on les ramène à la surface.

Bonne  plongée.

Chez Denoël.

Attention,  Robin Cook  a un homonyme, auteur de thrillers médicaux, et surtout industriels.

Il est pourtant facile de ne pas se tromper : il suffit d’ouvrir une page au hasard d’un Robin Cook (le vrai).

Si Viper avait eu une dimension mythologique, on aurait pu le comparer au diable qui préside les cercles de l’enfer. Et, pour poursuivre l’analogie, Viper préférait que l’enfer, qui de toute façon se trouvait partout, se concentrât autant que possible autour de lui pour former un périmètre commode, régulier et torride à souhait qu’il pouvait surveiller efficacement depuis le 188 Berkeley Square, organisé en une structure rationnelle qui lui rapportait des bénéfices confortables. Car Inter-Vices était une entreprise qui comblait les attentes d’un vaste public, si vaste que seule aurait pu l’atteindre une campagne publicitaire à l’échelle du pays tout entier…

Interrompant le fil de ses pensées, Viper se rappela l’un des rares soirs où, encore collégien à Eton, il avait reçu la visite de son professeur principal. S’asseyant précautionneusement au bout du lit, son professeur lui avait demandé :

“Si vous déteniez le pouvoir, Viper, comment l’utiliseriez-vous ?”

Et Viper avait répondu : “Au maximum de mes capacités”.

Lord Eylau, personnage principal du livre, est loin de ce maximum. Quadragénaire, alcoolique, fils d’une grande famille déchue et d’une mère atroce, Lord Eylau vivote de petits boulots sordides, se roulant dans sa déchéance, jusqu’au jour où il rencontre Helen, femme d’un pasteur paumé. La liaison est brûlante, Helen a besoin d’argent, Eylau n’en a pas. Il accepte donc un boulot de tenancier pour Viper, ancien condisciple d’Eton et PDG d’Inter-Vices. Eylau dirigera un bordel SM à thème historique, option XVIIIe siècle, où il sera Louis XVI, accompagné de la volcanique Helen. Pendant ce temps, le pasteur cocu cherche sa voie, entre whisky et prêches publics…

Une oeuvre sombre comme un ciel de novembre, mais pas n’importe lequel : un ciel de novembre britannique. Un humour au rasoir, des personnages délirants mais parfaitement réels ; un regard visionnaire :

“De toutes façons, dit Viper à voix basse, il y aura toujours des gens qui vivront ainsi.” Cela serait bientôt le cas à Moscou, Pékin et Alger, au Caire et à Varsovie, tout autant qu’à Londres et à New York - si ce n’était déjà fait.

Le livre a été écrit en 1971.

Chez Rivages. Traduit par Jean-Paul Gratias.

Il est en effet possible qu’au-delà du rayon limité de notre perception, d’autres entités existent. D’autres créatures, d’autres races, d’autres concepts et d’autres intelligences. Parmi ces entités, certaines nous sont probablement très supérieures en intelligence et en savoir. Mais ce n’est pas forcément une bonne nouvelle. Qu’est-ce qui nous fait penser que ces créatures, aussi différentes soient-elles de nous, manifestent en quelque façon une nature spirituelle ? Rien ne permet de supposer une transgression aux lois universelles de l’égoïsme et de la méchanceté. Il est ridicule d’imaginer que des êtres nous attendent aux confins du cosmos, pleins de sagesse et de bienveillance, pour nous guider vers une quelconque harmonie. Pour imaginer la manière dont ils nous traiteraient si nous venions à entrer en contact avec eux, mieux vaut se rappeler la manière dont nous traitons ces “intelligences inférieures” que sont les lapins et les grenouilles. [...] Telle est, nous avertit Lovecraft, la véridique image de nos futurs rapports avec les “intelligences étrangères”. Peut-être certains beaux spécimens humains auront l’honneur de finir sur une table à dissection : et voilà tout.

En 2008, on a le droit de penser absolument tout ce que l’on veut de l’auteur Houellebecq ; oui, tout ce que l’on veut, en vérité.

En 1991, bien avant d’être saisi par la gloire, M. Houellebecq publie un livre extraordinaire, un essai ; un essai sur un écrivain. L’homme en question s’appelle Howard Phillips Lovecraft et c’est l’un des génies littéraires du XXe siècle - Houellebecq nous met toutefois en garde : “il y a quelque chose de pas vraiment littéraire chez Lovecraft”. Lovecraft a fait couler des torrents noirs, des cataractes d’encre, universitaire ou non. Tout a été dit ; des gens sérieux ont écrit des bêtises, des fans du Midwest ont eu la révélation, le trouble et l’agitation ont été considérables.

Dans cet essai impeccable, Houellebecq synthétise à peu près tout ce qui a été dit d’intelligent sur Lovecraft ; il le synthétise en écrivain, c’est à dire que sa prose illumine son propos. Qu’il parle de l’angoisse cosmique, de la sensorialité, de l’architecture, du délire organisé et organique, de l’espace et du temps, ou encore du refus de la vie (parfaitement articulé aux pulsions racistes) de Lovecraft, Michel Houellebecq saisit la quintessence du maître de Providence et se révèle en véritable disciple littéraire : celui qui reprend la parole et se l’approprie, avant de tracer son propre chemin, pour le meilleur ou pour le pire.

Pour cela, et pour d’autres raisons aussi sans doute, il sera beaucoup pardonné à Houellebecq.

Paru au Rocher.

Souvenez-vous, Nino, qu’un dieu meurt lorsqu’il n’a plus d’adorateurs, mais qu’une idée à laquelle plus personne ne croit devient un idéal. Nous sommes des rois sans royaume : mon règne est passé, mais ce nouveau siècle ou le suivant, votre règne arrivera, comme dans la chanson…

Le linceul du vieux monde, c’est celui que tisse Bruant, le chanteur de la Belle Epoque. Mais aussi Nino, vieux militant anarchiste, et Oscar Wilde, poète déchu désireux de faire sauter la tour Eiffel. Ce tandem improbable sera entraîné dans une conspiration où rôdent opium et magie noire. Et qui pique les femmes dans les omnibus ?

Le roman, digne des meilleurs feuilletons d’époque (au sens noble du terme), nous entraîne dans un maëlstrom d’aventures échevelées. Argots d’époque, messes sataniques, glorieux faits d’armes de l’anarchisme, misère des faubourgs et mégalomanie de l’Exposition universelle… On ne fera qu’un reproche à l’auteur, par ailleurs universitaire et collaborateur de la revue Gangsterera : c’est trop court, en somme. La matière est tellement dense qu’elle se serait volontiers prêtée à un ouvrage plus épais.

Next time, hopefully.

Paru chez l’Ecailler, collection l’Atinoir. Préface de Paco Ignacio Taibo.

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Les vies parallèles, ce sont celles de Lebeaux, brasseur d’affaires belge, et de son avocat de main. Celles de Claude et Daniel, chiffonniers, talonnés par la misère. Celle d’Amélie, mère célibataire, soeur de Daniel, étouffée par la pauvreté. Et encore celle de Kasongo, ancien milicien mobutiste “réfugié” à Bruxelles. Des vies qui avaient tout pour rester parallèles, et ne se rejoindre qu’à l’infini, à la mort. Mais voilà : Claude et Daniel mettent la main sur des photos compromettantes, des photos datant de la colonisation belge du Zaïre. Et ils décident de faire chanter Lebeaux, l’homme dont la fortune dépend étroitement de l’Afrique, des atrocités qui s’y commettent.

Un livre épais, une évocation néoréaliste de Bruxelles comme cité des limbes, où le dénuement asphyxie la vie même. Ovejero pose la question du destin, de la damnation. Pourtant, le dénouement, subtil, redonne aux personnages leur humanité, leur faculté d’évoluer, sans que le problème du libre arbitre et de la fatalité soit réglé. C’est cette richesse qui permet d’échapper au désespoir.

Chez Moisson Rouge, traduit par Marianne Millon.

 

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Ce qu’il y a d’embêtant avec les hémorroïdes c’est qu’on ne peut jamais tout à fait les oublier. Ce sont des compagnes exigeantes. Elles blessent ou elles brûlent, elles démangent, elles tiraillent. Et même quand on croit ne pas les sentir, on les sent. Surtout, je trouve qu’elles vous humilient. Moi, toujours trop susceptible, je ne les aime pas. Les médecins me font rire, ils vous disent soit “Ce n’est pas grave, soit “Il faut traiter ça par le mépris.” Mais on ne peut pas mépriser son cul. Personne n’y arrive. D’ailleurs pourquoi disent-ils ça puisqu’ils donnent des réponses qui s’appellent Daflon 500, Cirkan, Gingko Biloba, Proctolog ou Préparation H ? Mes hémorroïdes font vivre du monde et créent des emplois.

Marseille actuelle. Le narrateur, M. Blanc, est un  instituteur en retraite, sans histoires. Il reçoit un jour une lettre de menaces. Puis une autre. Et encore une autre. M. Blanc se souvient alors.

Marseille des années 50. La communale. L’arrivée d’un nouveau, un certain Petöfi, réfugié hongrois. Son nom est aussitôt déformé en “pète-au-fi”, et ce n’est que le début. Le malheureux gosse, handicapé par son accent et ses origines, subira un bizuthage incessant et abominable de ses condisciples ; le narrateur le soutiendra mollement puis, saisi de peur devant ses bourreaux, finira par le trahir. Petöfi disparaît alors, à jamais.

Pourtant, quarante ans plus tard,  deux des tourmenteurs de Petöfi réapparaissent, tués d’une manière horrible, d’une manière qui évoque les tortures qu’ils infligeaient au petit Hongrois. Le narrateur s’en inquiète, et décide de prendre les devants, et de retrouver Petöfi.

 Une plongée humoristique dans l’enfer de l’enfance. Le bon vieux temps des plumiers remis à sa place, celui de la cruauté juvénile qui croît et enlaidit et atteint enfin l’âge adulte, l’âge de tuer.

Pour l’anecdote, lors du premier Prix marseillais du polar, où votre serviteur était juré, ce livre aurait remporté la palme haut la main si…l’éditeur n’avait pas disparu entre-temps. Il semblerait que le livre soit de nouveau disponible.

Paru au Reflet.

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Le jeune Kenji, sorti du lycée, gagne sa vie en pilotant des touristes Américains dans les quartiers chauds. Déjà expérimenté, il pense connaître tous ses clients. Les gaijin se ressemblent. Ils sont tous gras, blancs, plutôt gentils et paumés comme des Japonais. Leurs goûts sont simples, ils sont prévisibles. Bref, le jeune homme se demande pourquoi ses compatriotes ont tellement de mal à comprendre les étrangers. Jusqu’au jour où il rencontre Frank.

Au début, tout est simple : Frank veut baiser. Le jeune homme, pour des honoraires fort raisonnables (inférieurs à ceux de certains traducteurs !), accepte volontiers de conduire Frank aux endroits ad hoc. Mais le cave se rebiffe et Frank manifeste un comportement assez imprévisible, aux confins de la perversité. Il pose des questions étonnantes :

Partout dans le monde, c’est pareil, non, je veux dire, n’y a-t-il vraiment personne au monde qui ait plutôt envie de caresser la joue d’un clochard, et d’assassiner un bébé ?

Légitimement inquiet, Kenji apprend que des meurtres immondes ont eu lieu dans le quartier. Au fait, où loge vraiment Frank, et qui est-il, avec sa “peau artificielle” ? De bar à hôtesses en karaoké, de branlodrome en terrain de base-ball, le jeune Japonais découvrira la personnalité de son client.

Bien au-delà d’une simple histoire de tueur en série (alourdie, d’ailleurs, par une longue scène gore) , Murakami donne vie à ses pantins, sur le théâtre glacé d’une métropole. Ces pantins sont de toutes les couleurs ; nous sommes à Tokyo, mais nous pourrions être ailleurs. La prostitution n’a pas de but : les lycéennes japonaises qui s’y adonnent n’ont pas de besoin matériel. Dans les quartiers chauds, les êtres juxtaposent leur solitude. Certains y gagnent de l’argent, d’autres en laissent, mais la monnaie de l’échange véritable n’existe pas. Dans ce désert surgissent les monstres.

Un roman glacé, glacial, international.

Traduit par Corinne Atlan, chez Piquier.