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Comme chacun peut s’en douter, il arrive au traducteur de somnoler ou d’aller trop vite, le résultat étant souvent le même.

Ainsi obtient-on parfois des choses tout à fait intéressantes, comme ceci :

Assis sur les marches, il lisait Les Rois du Ring.

(Lord of the Rings, c’est à dire bien sûr Le Seigneur des Anneaux. Qui a dit : “c’est la même chose” ?).

“Il entra dans un bar topless” devient Il entra dans un bar en plein air.

Un bar bien aéré en tous cas.

Conclusion : soyons humbles, cela n’arrive pas qu’aux autres.

(Merci à Judith de Moisson Rouge pour ces deux exemples).

“Manchette est-il devenu Dieu ?” demande, avec une ironie légère, un commentateur mordant du roman noir.

Le mercredi 11 juin à 19h30, votre serviteur tentera de répondre à cette question, en compagnie et à l’instigation de Jacques Aubergy, de la librairie l’Ecailler de Marseille.

Venez naturellement nombreux.

Pour plus de détails :

manchette-le-mecredi-11-juin-a-19-heures30

Non, il ne s’agit pas d’un inédit de Philip K. Dick, mais de la décision prise par Mme Albanel, ministre de la Culture : désormais, le site de son ministère sera traduit par des logiciels et ce, sans aucune relecture.

Saluons ce progrès : c’est avec les économies de bouts de chandelle que l’ont fait les grandes novlangues.

Quelques passéistes, telle l’Association des Traducteurs Littéraires de France, ont cru bon de manifester leur désarroi.

Voici le courrier qu’ils ont adressé à Mme Albanel :

lettremmeministre

La seconde moitié de cette missive illustre toutes les capacités du mécanique interprète. Nous voilà rassurés.

Histoire de nous divertir, voici la traduction, effectuée par Google Translator, des deux premiers paragraphes des Silver Pigs, roman de Lindsay Davis (polar historique romain fort agréable, au demeurant). Le texte a été choisi pour sa relative simplicité :

Lorsque la jeune fille est venue précipiter les étapes, j’ai décidé que je portais beaucoup trop de vêtements.
Il a été la fin de l’été. Rome frizzled comme une crêpe sur un griddleplate. Les gens unlaced leurs chaussures, mais elle a dû les garder sur, pas même un éléphant pourraient traverser les rues unshod. Flopped populaire sur des tabourets dans l’ombre des portes, les genoux en dehors nu, nu jusqu’à la taille - et dans les backstreets de l’Aventin secteur où je vivais, c’était seulement les femmes.

Un érotisme fluide et multiculturel se dégage de l’ensemble. Sommes-nous à l’aube d’une nouvelle ère, celle où les éléphants se promèneront unshod dans les rues de Rome, et où nous seront tous nus, nus jusqu’à la taille face au Moloch ?

Si Margaret Thatcher est réélue Premier ministre ce mardi, je vous le dis :

Je vous le dis : vous connaîtrez la souffrance, lorsqu’il vous faudra payer pour être soigné.

Je vous le dis : vous connaîtrez l’ignorance, celle des talents laissés en friche et de l’intelligence gâchée, lorsque le savoir sera un privilège et non un droit.

Je vous le dis : vous connaîtrez la pauvreté, lorsque les retraites baisseront et que les aides sociales seront amputées par un gouvernement qui ne veut pas payer, dans une économie qui ne peut pas payer.

Je vous le dis : vous connaîtrez le froid, lorsque le prix du chauffage deviendra un impôt, un impôt indolore pour les riches et exorbitant pour les pauvres.

Je vous le dis : ne vous attendez pas à travailler. Quand on ne gagne rien, on ne dépense rien. Quand on ne dépense rien, le travail meurt.

Je vous le dis : vous ferez silence, lorsque le couvre-feu de la peur et le gibet du chômage vous auront appris l’obéissance.

Je vous le dis : vous ne bougerez plus de chez vous, lorsque le prix et la durée des transports vous emprisonneront à domicile, tuant votre temps libre.

Je vous le dis : tout crédit sera difficile, lorsque vos revenus auront fondu.

Si Margaret Thatcher gagne, je vous le dis : défense d’être monsieur-tout-le-monde.

Défense d’être jeune.

Défense de tomber malade.

Défense de vieillir.

(Extrait du discours “I warn you”, prononcé en 1983 par Neil Kinnock ; traduit par votre serviteur).

Il est en effet possible qu’au-delà du rayon limité de notre perception, d’autres entités existent. D’autres créatures, d’autres races, d’autres concepts et d’autres intelligences. Parmi ces entités, certaines nous sont probablement très supérieures en intelligence et en savoir. Mais ce n’est pas forcément une bonne nouvelle. Qu’est-ce qui nous fait penser que ces créatures, aussi différentes soient-elles de nous, manifestent en quelque façon une nature spirituelle ? Rien ne permet de supposer une transgression aux lois universelles de l’égoïsme et de la méchanceté. Il est ridicule d’imaginer que des êtres nous attendent aux confins du cosmos, pleins de sagesse et de bienveillance, pour nous guider vers une quelconque harmonie. Pour imaginer la manière dont ils nous traiteraient si nous venions à entrer en contact avec eux, mieux vaut se rappeler la manière dont nous traitons ces “intelligences inférieures” que sont les lapins et les grenouilles. [...] Telle est, nous avertit Lovecraft, la véridique image de nos futurs rapports avec les “intelligences étrangères”. Peut-être certains beaux spécimens humains auront l’honneur de finir sur une table à dissection : et voilà tout.

En 2008, on a le droit de penser absolument tout ce que l’on veut de l’auteur Houellebecq ; oui, tout ce que l’on veut, en vérité.

En 1991, bien avant d’être saisi par la gloire, M. Houellebecq publie un livre extraordinaire, un essai ; un essai sur un écrivain. L’homme en question s’appelle Howard Phillips Lovecraft et c’est l’un des génies littéraires du XXe siècle - Houellebecq nous met toutefois en garde : “il y a quelque chose de pas vraiment littéraire chez Lovecraft”. Lovecraft a fait couler des torrents noirs, des cataractes d’encre, universitaire ou non. Tout a été dit ; des gens sérieux ont écrit des bêtises, des fans du Midwest ont eu la révélation, le trouble et l’agitation ont été considérables.

Dans cet essai impeccable, Houellebecq synthétise à peu près tout ce qui a été dit d’intelligent sur Lovecraft ; il le synthétise en écrivain, c’est à dire que sa prose illumine son propos. Qu’il parle de l’angoisse cosmique, de la sensorialité, de l’architecture, du délire organisé et organique, de l’espace et du temps, ou encore du refus de la vie (parfaitement articulé aux pulsions racistes) de Lovecraft, Michel Houellebecq saisit la quintessence du maître de Providence et se révèle en véritable disciple littéraire : celui qui reprend la parole et se l’approprie, avant de tracer son propre chemin, pour le meilleur ou pour le pire.

Pour cela, et pour d’autres raisons aussi sans doute, il sera beaucoup pardonné à Houellebecq.

Paru au Rocher.