mars 2008


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Fausse question. Parker, le héros récurrent de Richard Stark alias Donald Westlake, n’est pas un gentleman, et n’a jamais prétendu l’être. « Dernier des indépendants », il mène sans vie comme il l’entend et s’associe avec qui il veut…ou qui il peut. Le choix est parfois restreint.

Ce sera le cas dans Breakout. Parker se fait arrêter d’entrée de jeu, et se retrouve en détention provisoire, dans une taule très quelconque. Son problème est double : d’abord, il est pressé (comme tout bon travailleur freelance, il a des délais), et ensuite, un flic local plutôt malin s’est mis en tête de découvrir sa véritable identité – et donc son véritable casier judiciaire. Parker s’associe donc avec des codétenus pour sortir. Ceux-ci acceptent, à une condition : une fois l’évasion réussie, Parker devra les aider à entrer. Dans une bijouterie, le Fort Alamo local.

Impossible de raconter la suite. Donald Westlake, auteur hilarant, revêt ici le masque du chirurgien. Aucune erreur n’est permise. Le traducteur subit cette tension, cette pression infligée à Parker. Dans cet univers d’effraction suisse, il faut tout voir, tout peser, tout transcrire. En français, langue bien plus bavarde que l’anglais.

A paraître chez Rivages Noirs.

Blake, Un monde de voleurs

Comment s’évader du pénitencier d’Angola, Louisiane, dans les années 1920 :

Si l’on s’en sentait capable, on pouvait quitter la route et prendre un raccourci vers l’ouest en traversant les marais. On avait toutes les chances de se noyer dans les sables mouvants, de se faire piquer par un serpent, bouffer par un alligator, dévorer par les moustiques à en devenir fou, de s’empoisonner avec de l’eau croupie, de se casser une jambe ou de mourir de faim en s’égarant à tel point que même le Diable ne serait pas venu vous chercher. On pouvait aussi tomber sur une racaille des marais qui vous abattrait à vue pour toucher la prime que l’Etat payait pour tout bagnard fugitif, mort ou vif. On n’avait plus jamais entendu parler de tous ceux qui s’étaient enfuis par là. Mais rien ne vous empêchait de créer un précédent.

James Carlos Blake écrit Un monde de voleurs. Les voleurs ne sont pas les pires, nous dit Sonny LaSalle, le narrateur. Ce jeune homme plein de talent monte une PME familiale avec ses oncles. La Louisiane des Roaring Twenties est un terreau fertile pour la libre entreprise. Activité principale : jeu clandestin et pillage de banques. Un métier dangereux, comme Sonny en fait rapidement l’expérience. Jouant de malchance, il tue un flic lors d’une simple bagarre de cellule. Il y gagne une lourde peine de travaux forcés, sans compter la haine de John McCabe dit John Macabre, le père de la victime. C’est un psychopathe franc et massif. Flic lui aussi, bien sûr ; quand Sonny s’évadera du pénitencier, il se lancera à sa poursuite jusqu’au fin fond du Texas pétrolier, où Sonny a rejoint ses oncles.

Nous suivons en parallèle les activités trépidantes de Sonny et ses oncles, et l’enquête de John Macabre. Jusqu’à une fin qui sera… noire comme l’or.

Une belle prose lisse et rythmée, qui atténue (je n’ai pas dit : humanise) la violence élémentaire que Blake met en scène. Pour Sonny, on a le crime dans le sang ou on ne l’a pas, et l’on n’y peut absolument rien. Cette idée le mènera loin – mais pas plus loin que le fond du Texas.

On pense bien sûr à Peckinpah, à Cormac McCarthy. Dans un monde où seule la corruption peut protéger de la violence, le désespoir de Blake est comme l’air que l’on respire.

–Du même auteur : Dans la peau. Un jeune homme, fils de l’exécuteur de Pancho Villa, devient le bras droit des frères Maceo, qui administrent la libre ville de Galveston. Il devra délivrer sa princesse, une Mexicaine enlevée par un latifundiaire particulièrement ignoble. Un comte de fée pour adultes, où les Parrains ont remplacé la marraine.

Chez Rivages Noir.