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Ce qu’il y a d’embêtant avec les hémorroïdes c’est qu’on ne peut jamais tout à fait les oublier. Ce sont des compagnes exigeantes. Elles blessent ou elles brûlent, elles démangent, elles tiraillent. Et même quand on croit ne pas les sentir, on les sent. Surtout, je trouve qu’elles vous humilient. Moi, toujours trop susceptible, je ne les aime pas. Les médecins me font rire, ils vous disent soit « Ce n’est pas grave, soit « Il faut traiter ça par le mépris. » Mais on ne peut pas mépriser son cul. Personne n’y arrive. D’ailleurs pourquoi disent-ils ça puisqu’ils donnent des réponses qui s’appellent Daflon 500, Cirkan, Gingko Biloba, Proctolog ou Préparation H ? Mes hémorroïdes font vivre du monde et créent des emplois.

Marseille actuelle. Le narrateur, M. Blanc, est un  instituteur en retraite, sans histoires. Il reçoit un jour une lettre de menaces. Puis une autre. Et encore une autre. M. Blanc se souvient alors.

Marseille des années 50. La communale. L’arrivée d’un nouveau, un certain Petöfi, réfugié hongrois. Son nom est aussitôt déformé en « pète-au-fi », et ce n’est que le début. Le malheureux gosse, handicapé par son accent et ses origines, subira un bizuthage incessant et abominable de ses condisciples ; le narrateur le soutiendra mollement puis, saisi de peur devant ses bourreaux, finira par le trahir. Petöfi disparaît alors, à jamais.

Pourtant, quarante ans plus tard,  deux des tourmenteurs de Petöfi réapparaissent, tués d’une manière horrible, d’une manière qui évoque les tortures qu’ils infligeaient au petit Hongrois. Le narrateur s’en inquiète, et décide de prendre les devants, et de retrouver Petöfi.

 Une plongée humoristique dans l’enfer de l’enfance. Le bon vieux temps des plumiers remis à sa place, celui de la cruauté juvénile qui croît et enlaidit et atteint enfin l’âge adulte, l’âge de tuer.

Pour l’anecdote, lors du premier Prix marseillais du polar, où votre serviteur était juré, ce livre aurait remporté la palme haut la main si…l’éditeur n’avait pas disparu entre-temps. Il semblerait que le livre soit de nouveau disponible.

Paru au Reflet.

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