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Debout sur le trottoir avec ses deux sacs pleins de courses, Lydia attendait son chauffeur. Elle s’imaginait sur le siège passager de chaque voiture qui défilait devant elle. C’était si facile de disparaître. Ouvrir une portière, supplier un inconnu.

Elle pouvait plonger dans une nouvelle vie avec un banlieusard qui ne se douterait de rien, se perdre dans un tourbillon de gratitude, lui raconter des histoires le soir, évoquer en chuchotant le miracle de leur rencontre inopinée ; puis elle lui plierait son linge, porterait ses enfants, et vieillirait dans un camping-car climatisé au milieu d’un lotissement ensoleillé et sans arbres. Tout était destin, si on le travaillait.

Elle pourrait aussi, tout simplement, être retrouvée morte dans une valise de vagabond, abandonnée dans un casier de gare routière ou les toilettes pour hommes d’un restoroute. Tout inconnu portait en lui son énigme de vie ou de mort.

Los Angeles, vers 2000. Lydia a 17 ans et une dépendance aux amphétamines. Fille d’une paumée arriviste et d’un Hell’s Angel absent, elle quitte pour de bon le « foyer » familial. Elle rencontre alors Jonah, séduisant petit prince à la chemise froissée, et les vrais problèmes commencent. Prise en chasse par des gangsters, Lydia se tourne vers la seule personne qui peut l’aider : son père, John Link, le motard de l’enfer. Réchappé de l’alcool et du pénitencier, Link n’aspire plus qu’à vivoter dans son atelier de tatouages, en attendant une mort paisible, loin de la ville. Le retour inopiné de sa fille le relancera dans un road movie imprégné de cambouis, de chimie et d’amour filial.

–Un texte parfois difficile : l’auteur a le goût des métaphores imprévues, et l’anglais se prête sans doute mieux au free style que le français . Tel personnage, mitraillé dans sa salle de bains, est implicitement comparé à un chevalier attaqué dans sa « porcelain turret »… Par bonheur, l’auteur appartient à cette catégorie de gens charmants qui ne s’estiment pas membres d’une race supérieure, et il répond de très bonne grâce à toutes les questions. C’est d’autant plus appréciable que le roman plonge dans deux sous-cultures bien précises : celle des gangsters latinos et celle des marges désertiques de Los Angeles, refuge des refuzniks.

A paraître chez  Rivages.

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