Attention,  Robin Cook  a un homonyme, auteur de thrillers médicaux, et surtout industriels.

Il est pourtant facile de ne pas se tromper : il suffit d’ouvrir une page au hasard d’un Robin Cook (le vrai).

Si Viper avait eu une dimension mythologique, on aurait pu le comparer au diable qui préside les cercles de l’enfer. Et, pour poursuivre l’analogie, Viper préférait que l’enfer, qui de toute façon se trouvait partout, se concentrât autant que possible autour de lui pour former un périmètre commode, régulier et torride à souhait qu’il pouvait surveiller efficacement depuis le 188 Berkeley Square, organisé en une structure rationnelle qui lui rapportait des bénéfices confortables. Car Inter-Vices était une entreprise qui comblait les attentes d’un vaste public, si vaste que seule aurait pu l’atteindre une campagne publicitaire à l’échelle du pays tout entier…

Interrompant le fil de ses pensées, Viper se rappela l’un des rares soirs où, encore collégien à Eton, il avait reçu la visite de son professeur principal. S’asseyant précautionneusement au bout du lit, son professeur lui avait demandé :

« Si vous déteniez le pouvoir, Viper, comment l’utiliseriez-vous ? »

Et Viper avait répondu : « Au maximum de mes capacités ».

Lord Eylau, personnage principal du livre, est loin de ce maximum. Quadragénaire, alcoolique, fils d’une grande famille déchue et d’une mère atroce, Lord Eylau vivote de petits boulots sordides, se roulant dans sa déchéance, jusqu’au jour où il rencontre Helen, femme d’un pasteur paumé. La liaison est brûlante, Helen a besoin d’argent, Eylau n’en a pas. Il accepte donc un boulot de tenancier pour Viper, ancien condisciple d’Eton et PDG d’Inter-Vices. Eylau dirigera un bordel SM à thème historique, option XVIIIe siècle, où il sera Louis XVI, accompagné de la volcanique Helen. Pendant ce temps, le pasteur cocu cherche sa voie, entre whisky et prêches publics…

Une oeuvre sombre comme un ciel de novembre, mais pas n’importe lequel : un ciel de novembre britannique. Un humour au rasoir, des personnages délirants mais parfaitement réels ; un regard visionnaire :

« De toutes façons, dit Viper à voix basse, il y aura toujours des gens qui vivront ainsi. » Cela serait bientôt le cas à Moscou, Pékin et Alger, au Caire et à Varsovie, tout autant qu’à Londres et à New York – si ce n’était déjà fait.

Le livre a été écrit en 1971.

Chez Rivages. Traduit par Jean-Paul Gratias.

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