Il se redressa soudain et me regarda de façon presque directe, sa pipe agressivement fichée entre ses mâchoires serrées. Il remplissait le monde de fumée. J’étais mal à l’aise, mais n’avais pas vraiment peur de lui. Si j’avais eu ma pelle, il n’aurait pas duré longtemps. Je me dis que la meilleure chose à faire était de me plier à ses caprices et d’être d’accord avec tout ce qu’il disait.

Bienvenue dans une Irlande déroutante, où l’on vole les bicyclettes, qui se vengent en imprimant leur personnalité à leurs utilisateurs. D’ailleurs, un détachement spécial de policiers s’occupe exclusivement de ces vols, négligeant les crimes du narrateur, qui, après avoir procédé à plusieurs assassinats à coups de pelle, se fera lui-même voler son vélo. Le malheureux affrontera policemen fétichistes, voleurs philosophes et autres théoriciens de l’absurde, avec le même désir d’aller au fond des choses, et de voyager aux confins des mondes connus… pour récupérer sa bicyclette. Un disciple d’Ulysse ?

Dans ces pages d’une tranquillité délirante, Flann O’Brien devient le frère en noir de Jarry et d’Alphonse Allais. La campagne irlandaise, c’est-à-dire le monde, ne sera plus jamais la même.

Chez Phébus, traduit par Patrick Reumaux.

Publicités