somoza_caverne_idees_g – Le Traducteur, dit Crantor en l’interrompant.

– Quoi ?

L’énorme visage de Crantor, éclairé d’en bas par les lampes, avait l’air d’un masque mystérieux.

– C’est une croyance très répandue dans certaines régions éloignées  de  Grèce, dit-il. D’après elle, tout ce que nous faisons et disons sont des mots écrits dans une autre langue sur un immense papyrus. Et il y a Quelqu’un qui en ce moment même est en train de lire ce papyrus et qui déchiffre nos actions et nos pensées, en découvrant les clés occultes dans le texte de notre vie. Ce quelqu’un s’appelle l’interprète ou le Traducteur…Ceux qui croient en lui pensent que notre vie possède un sens final que nous ignorons nous-mêmes, mais que le Traducteur peut découvrir au fur et à mesure qu’il nous lit. À la fin, le texte s’achèvera et nous mourrons sans en savoir plus qu’avant. Mais le Traducteur, qui nous a lus, connaîtra enfin le sens ultime  de notre existence.

– Et à quoi leur sert-il de croire en ce stupide Traducteur puisqu’ils mourront tous aussi ignorants ? demanda Héraclès, qui était resté silencieux jusqu’alors.

– Eh bien, il y a des gens qui pensent qu’il est possible de parler avec le Traducteur. .. Ils disent que nous pouvons nous adresser à lui en sachant qu’il nous écoute, car il lit et traduit toutes nos paroles.

Juan Carlos Somoza, La Caverne des Idées, chez Babel.

Traductrice : Marianne Millon

Plus modestement, bonnes fêtes à tous.