iodeJ »ai commencé par lui enlever la tête. Cela n’a pas été une mince affaire. Elle était toujours très belle, mais il y avait trop de sang. J’ai dû mettre une serviette par terre pour éponger et quand ça n’a plus été suffisant, le sang continuait à couler. Il ne fallait surtout pas tacher la moquette couleur crème, assortie à la couleur du bas des armoires ; ma mère avait mis tant de temps pour trouver exactement ce qu’elle voulait.

Amour pour la mère et meurtres hideux, tels sont les totems de l’étrange garçon mexicain qui nous narre cette…tranche de vie. A peine nommé dans le livre, d’un âge indécis (la vingtaine ? il aime la Panthère Rose toutefois), il vit avec sa maman ;  sorcière pour les uns, voyante inspirée de Dieu pour les autres, putain bien douée pour d’autres encore.

Ce jeune homme albinos – craint et haï comme tel – évolue (ou plutôt stagne) dans un monde en ruines, entre chauffeurs de bus stupides et violeurs, mère folle, médecin marron et démolition infinie du quartier.  Il tourne en rond dans des lieux qu’il balise de ses coquillages et pierres magiques, primitif dans ses actes, mais mélomane passionné. Pour se distraire, il tue, découpe, viole  aussi. Il lui arrive de le regretter, quand il y pense.

Car ce jeune homme est, au fond, un innocent. La plupart de ses actes sont des gestes de défense – un peu disproportionnés, certes – face à un univers hostile. Réellement hostile, et parfaitement pourri, en filigrane, il apparaît bien pire que lui. Là se dénoue la tension du roman.

De façon étonnante, cette Iode n’est pas irrespirable. Le lecteur en émerge étonné, comme après une visite dans un autre monde. Pourtant, c’est le nôtre.

Editions L’Atinoir, préface de Paco Taibo, traduit par Jacques Aubergy

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