lansdaleLe jeune Harry habite avec sa soeur Tom (si) et ses parents près de Pearl Creek, dans l’East Texas. Le point cardinal est important, la majuscule aussi : nous sommes dans un pays à part.

On vivait en pleine forêt, près de la Sabine, dans une maison blanche de trois pièces que mon père avait construite avant ma naissance. Il y avait une fuite dans le toit, pas d’électricité, un poêle à bois qui fumait, une grange branlante un peu plus loin, une véranda où on dormait l’été, protégés par une moustiquaire rapiécée, et un W.C. extérieur que les serpents avaient adopté.

Nous sommes dans les années 30, période de la Grande Dépression. Les locaux ne sont pas trop touchés : ils ont toujours été pauvres, voire miséreux pour les Noirs, et leur environnement saturé d’humidité n’est pas menacé par les tourbillons poussiéreux du North Texas ou de l’Oklahoma.

Evidemment, les marécages n’ont pas que des avantages : moustiques, bestioles grosses comme un chien, serpents d’eau et autres alligators abondent. C’est cependant à un autre type de bête féroce que le jeune Harry et son père, constable (sous-shérif) local, vont avoir à faire.

On commence à retrouver des jeunes femmes torturées et assassinées. Parfois emportées par des tornades. A l’époque, nul ne sait ce qu’est un serial killer. En outre, les victimes sont des prostituées, voire des prostituées noires : autant dire que tout le monde s’en moque. Tout le monde, sauf Harry et son père, qui va se lancer dans une enquête périlleuse, se fâchant avec des gens, découvrant des identités, soulevant des voiles (et des cagoules)… et qui est le mystérieux Homme Chèvre qui effraie tant Harry ? Et puis les Blanches commencent à être visées, et tout bascule.

Au delà de la citation évidente (La Nuit du Chasseur), Lonsdale nous convie à un voyage dans le temps, dans l’espace et dans les éléments.  Un monde apparemment fixe, où les Blancs sont les Blancs et les Noirs sont les Noirs, les criminels sont des vagabonds de passage, et les bonnes gens sont les bonnes gens. Et puis la tempête arrive, apporte les cadavres, les gens se mettent à boire, le marais bouillonne. Nous sommes pris dans un univers à la fois funèbre et terriblement vivant, dans un chaudron d’évolution. Les lignes bougent, le Sud tremble et le mal n’est plus le même.

Roman d’apprentissage (Harry est un tout jeune garçon), roman sur l’identité, le mensonge, les relations raciales bien sûr… l’emballage noir de Joe Lansdale cache une oeuvre importante.

Chez Folio Junior, traduction de Bernard Blanc.

A noter encore :

Un froid d’enfer. Le jeune Bill, bras cassé de l’East Texas qui laisse pourrir sa vieille maman dans la chambre d’à côté pour continuer à toucher les sous de sa pension, va rencontrer une troupe ambulante de monstres de foire, et sa vie en sera changée.  Sur ce canevas frais (donc) et léger, Lansdale brode une histoire à la fois réaliste et délirante, réinventant le thème éculé de la femme fatale. Hilarant comme un grincement de porte.

Chez Folio, traduit par Bernard Blanc.

Juillet de sang, fantaisie virile et déglinguée : un homme s’associe à celui qui a failli tuer son fils, pour tuer son fils (l’autre). Ils sont aidés par un détective privé karatéka et éleveur de cochons.

Chez Folio, traduit par Claro.

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