Livres traduits


La traduction française du Breakout de Richard Stark, alias Donald Westlake, est désormais disponible.

Retrouvez Parker, le gentleman (?) cambrioleur, aux prises avec une dure réalité : celle des murs. Des murs qu’il faut casser pour sortir…mais aussi pour entrer (puis encore pour sortir). Une allégorie de l’existence ?

Un thriller crédible et efficace, quoi qu’il en soit.

Bonne lecture.

Chez Rivages.

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« J’étais adossé à la pierre tombale d’un certain Samuel Sidney Talevest. La nuit était tombée et dans le froid, quelque part, un homme me cherchait avec sa torche électrique, mon arme au poing.
Son plan était simple : me tuer et prendre ce que j’avais dans la poche. Le mien l’était aussi : rester en vie. Il y aurait forcément un malheureux dans l’histoire. »

Toby Peters, le détective des stars, reprend du service ; le livre s’ouvre de manière fracassante, comme souvent. Pourtant, la star qui contacte notre héros au début de l’histoire n’a rien de bien surprenant à lui apprendre : un inconnu vient de le menacer. Or, la star, c’est Charlie Chaplin, habitué à être une cible aux Etats-Unis en raison de ses opinions politiques ; les racines du maccarthysme. Non, c’est plutôt la teneur de la menace qui est étonnante. Chaplin ne doit pas approcher une personne… dont il n’a jamais entendu parler. Toby relève le défi, acceptant comme toujours l’aide de ses amis le catcheur poète et le nain traducteur (le plus beau métier du monde). Tout cela pour se retrouver, bien des péripéties plus tard, poursuivi dans un cimetière.

–La forme est indissociable du fond (oui, comme toujours, certes). L’interprète se laisse porter par l’humour et le regard de l’auteur, qui réussit l’exploit de rendre crédibles et aimables des personnages parfaitement délirants. Kaminsky, déconneur à froid -ce sont souvent les meilleurs- ou observateur de la nature humaine ? Quoi qu’il en soit, c’est aussi un érudit, qui nous plonge dans une immense bulle d’années 40. Le travail de recherche (cinéma, musique) se doit d’être précis…

Chez Rivages.

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Debout sur le trottoir avec ses deux sacs pleins de courses, Lydia attendait son chauffeur. Elle s’imaginait sur le siège passager de chaque voiture qui défilait devant elle. C’était si facile de disparaître. Ouvrir une portière, supplier un inconnu.

Elle pouvait plonger dans une nouvelle vie avec un banlieusard qui ne se douterait de rien, se perdre dans un tourbillon de gratitude, lui raconter des histoires le soir, évoquer en chuchotant le miracle de leur rencontre inopinée ; puis elle lui plierait son linge, porterait ses enfants, et vieillirait dans un camping-car climatisé au milieu d’un lotissement ensoleillé et sans arbres. Tout était destin, si on le travaillait.

Elle pourrait aussi, tout simplement, être retrouvée morte dans une valise de vagabond, abandonnée dans un casier de gare routière ou les toilettes pour hommes d’un restoroute. Tout inconnu portait en lui son énigme de vie ou de mort.

Los Angeles, vers 2000. Lydia a 17 ans et une dépendance aux amphétamines. Fille d’une paumée arriviste et d’un Hell’s Angel absent, elle quitte pour de bon le « foyer » familial. Elle rencontre alors Jonah, séduisant petit prince à la chemise froissée, et les vrais problèmes commencent. Prise en chasse par des gangsters, Lydia se tourne vers la seule personne qui peut l’aider : son père, John Link, le motard de l’enfer. Réchappé de l’alcool et du pénitencier, Link n’aspire plus qu’à vivoter dans son atelier de tatouages, en attendant une mort paisible, loin de la ville. Le retour inopiné de sa fille le relancera dans un road movie imprégné de cambouis, de chimie et d’amour filial.

–Un texte parfois difficile : l’auteur a le goût des métaphores imprévues, et l’anglais se prête sans doute mieux au free style que le français . Tel personnage, mitraillé dans sa salle de bains, est implicitement comparé à un chevalier attaqué dans sa « porcelain turret »… Par bonheur, l’auteur appartient à cette catégorie de gens charmants qui ne s’estiment pas membres d’une race supérieure, et il répond de très bonne grâce à toutes les questions. C’est d’autant plus appréciable que le roman plonge dans deux sous-cultures bien précises : celle des gangsters latinos et celle des marges désertiques de Los Angeles, refuge des refuzniks.

A paraître chez  Rivages.

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Fausse question. Parker, le héros récurrent de Richard Stark alias Donald Westlake, n’est pas un gentleman, et n’a jamais prétendu l’être. « Dernier des indépendants », il mène sans vie comme il l’entend et s’associe avec qui il veut…ou qui il peut. Le choix est parfois restreint.

Ce sera le cas dans Breakout. Parker se fait arrêter d’entrée de jeu, et se retrouve en détention provisoire, dans une taule très quelconque. Son problème est double : d’abord, il est pressé (comme tout bon travailleur freelance, il a des délais), et ensuite, un flic local plutôt malin s’est mis en tête de découvrir sa véritable identité – et donc son véritable casier judiciaire. Parker s’associe donc avec des codétenus pour sortir. Ceux-ci acceptent, à une condition : une fois l’évasion réussie, Parker devra les aider à entrer. Dans une bijouterie, le Fort Alamo local.

Impossible de raconter la suite. Donald Westlake, auteur hilarant, revêt ici le masque du chirurgien. Aucune erreur n’est permise. Le traducteur subit cette tension, cette pression infligée à Parker. Dans cet univers d’effraction suisse, il faut tout voir, tout peser, tout transcrire. En français, langue bien plus bavarde que l’anglais.

A paraître chez Rivages Noirs.

Blake, Un monde de voleurs

Comment s’évader du pénitencier d’Angola, Louisiane, dans les années 1920 :

Si l’on s’en sentait capable, on pouvait quitter la route et prendre un raccourci vers l’ouest en traversant les marais. On avait toutes les chances de se noyer dans les sables mouvants, de se faire piquer par un serpent, bouffer par un alligator, dévorer par les moustiques à en devenir fou, de s’empoisonner avec de l’eau croupie, de se casser une jambe ou de mourir de faim en s’égarant à tel point que même le Diable ne serait pas venu vous chercher. On pouvait aussi tomber sur une racaille des marais qui vous abattrait à vue pour toucher la prime que l’Etat payait pour tout bagnard fugitif, mort ou vif. On n’avait plus jamais entendu parler de tous ceux qui s’étaient enfuis par là. Mais rien ne vous empêchait de créer un précédent.

James Carlos Blake écrit Un monde de voleurs. Les voleurs ne sont pas les pires, nous dit Sonny LaSalle, le narrateur. Ce jeune homme plein de talent monte une PME familiale avec ses oncles. La Louisiane des Roaring Twenties est un terreau fertile pour la libre entreprise. Activité principale : jeu clandestin et pillage de banques. Un métier dangereux, comme Sonny en fait rapidement l’expérience. Jouant de malchance, il tue un flic lors d’une simple bagarre de cellule. Il y gagne une lourde peine de travaux forcés, sans compter la haine de John McCabe dit John Macabre, le père de la victime. C’est un psychopathe franc et massif. Flic lui aussi, bien sûr ; quand Sonny s’évadera du pénitencier, il se lancera à sa poursuite jusqu’au fin fond du Texas pétrolier, où Sonny a rejoint ses oncles.

Nous suivons en parallèle les activités trépidantes de Sonny et ses oncles, et l’enquête de John Macabre. Jusqu’à une fin qui sera… noire comme l’or.

Une belle prose lisse et rythmée, qui atténue (je n’ai pas dit : humanise) la violence élémentaire que Blake met en scène. Pour Sonny, on a le crime dans le sang ou on ne l’a pas, et l’on n’y peut absolument rien. Cette idée le mènera loin – mais pas plus loin que le fond du Texas.

On pense bien sûr à Peckinpah, à Cormac McCarthy. Dans un monde où seule la corruption peut protéger de la violence, le désespoir de Blake est comme l’air que l’on respire.

–Du même auteur : Dans la peau. Un jeune homme, fils de l’exécuteur de Pancho Villa, devient le bras droit des frères Maceo, qui administrent la libre ville de Galveston. Il devra délivrer sa princesse, une Mexicaine enlevée par un latifundiaire particulièrement ignoble. Un comte de fée pour adultes, où les Parrains ont remplacé la marraine.

Chez Rivages Noir.